Fin de vie, une affaire de médecin et de loi

Par Philippe Bataille , Marie Godard et Nathalie Gueirard Debernardi, pour l’association le Choix - Citoyens pour une mort choisie —  (mis à jour à )
TRIBUNE PARUE DANS LIBÉRATION LE 16 AVRIL 2018
La proposition de loi de Jean-Louis Touraine ne s’adresse qu’à des malades qui sont à l’agonie, elle ne prend pas en compte tous ceux qui ne veulent pas arriver à ce stade.
Fin de vie : une affaire de médecins et de loi
En France, il n’existe toujours pas de loi sur l’aide médicale active à mourir. Les Français la réclament pourtant. Ils ont compris que mourir nécessitait parfois une aide médicale active, qu’on l’appelle «euthanasie» ou «suicide assisté». Or, la proposition de loi Touraine prolonge l’esprit des lois en place de 2005 à aujourd’hui, de Leonetti à Claeys-Leonetti. Elle ne comble en rien les vides laissés par les lois actuelles, voire les amplifie. Elle n’empêchera pas les passages de frontières pour trouver hors de l’Hexagone l’humanité et la dignité nécessaires à la quiétude de la mort choisie. Que manque-t-il à la France ? Certains diront que l’influence persistante du catholicisme explique les blocages politiques, d’autres, que la médecine est trop timorée. Les deux sont sans doute vraies. Mais nous n’en sommes plus là et l’heure est aux façons de surmonter ces différents blocages. Les lois ont en cela un rôle important à jouer. En matière de fin de vie, elles ont le pouvoir de calmer les tensions que leur absence provoque, en laissant le citoyen libre de penser sa mort. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
La proposition législative, déposée fin septembre par Jean-Louis Touraine, député du Rhône (groupe LREM), ne s’adresse qu’à des malades qui sont à l’agonie mais ne prend pas en compte tous ceux qui ne veulent pas arriver à ce stade et souhaitent mourir alors qu’ils sont en pleine conscience, au moment qu’ils auront choisi. Elle laisse de côté toutes ces situations où le désespoir personnel est amplifié par l’absence de responsabilité collective. Car la mort n’est pas un choix, c’est le moment et la manière d’y arriver qui peut l’être. On oublie trop souvent que la fin de vie n’est pas qu’affaire de médecins et qu’elle doit tenir compte de l’individu avant tout, mais aussi des lois de notre pays. Entre l’individu et le collectif, il faut qu’un lien existe. C’est à cet impératif moral et politique que la loi répond. Pouvoir finir sa vie dans un encadrement légal est devenu une nécessité en France. Trop d’affaires nous le rappellent. Aucune n’implique la loi Claeys-Leonetti de 2016 dont les décrets sont progressivement mis en place dans les unités de soins palliatifs en répondant à toutes les situations de fin de vie que la médecine peut accompagner. En marge de ces accompagnements en soins palliatifs, il existe d’autres situations qui requièrent une aide médicale à mourir et qui nécessitent une procédure légale. Une nouvelle loi doit désormais impérativement les prendre en compte.

L’association le Choix - Citoyens pour une mort choisie demande à tous les députés de tous les groupes de s’ouvrir à l’aide médicale active à mourir sans craindre les prophéties qui déjà annoncent des dérives. Au contraire, la démonstration a été faite dans les pays où une telle loi existe que les malades s’acheminent plus sereinement vers leur fin de vie et réclament plus tardivement qu’on les aide à mourir, car ils savent que leur volonté sera respectée le moment venu. Il est attendu d’une nouvelle loi qu’elle rende inutiles les milliers d’euthanasies illégales pratiquées chaque année en France et les nombreux départs de malades vers des pays voisins pour aller y mourir, qui renforcent les inégalités entre les citoyens.

Notre collectif les dénonce et s’en indigne d’autant plus que la parole des Français n’est toujours pas entendue. Les coprésidentes de notre association, auteures de deux pétitions citoyennes qui ont recueilli plus de 350 000 signatures, seront prochainement auditionnées dans le cadre des états généraux de la bioéthique et feront en sorte d’attirer l’attention des instances qui consultent. Mais cela ne suffit pas.

Les citoyens, alertés par une foule de procès qui défraient la chronique depuis maintenant plusieurs années, ont connaissance de ces tristes histoires dans lesquelles la mort a été le combat de trop. Ils attendent plus que le simple toilettage d’une loi qui resterait fondamentalement inchangée. L’aide active à mourir nécessite que soit écrite et votée une loi qui définisse précisément le droit des malades à faire valoir leur choix en matière de fin de vie et le cadre dans lequel cette loi s’appliquera. Il faut que cesse ce parcours du combattant et qu’enfin la loi offre une solution sereine à des situations désespérées.

Philippe Bataille Nathalie Gueirard Debernardi Marie Godard pour l’association le Choix - Citoyens pour une mort choisie

LETTRE OUVERTE À MADAME DE LA TOUR, PRÉSIDENTE DE L'ASSOCIATION D'ACCOMPAGNEMENT ET DE SOINS PALLIATIFS

9 nov.2017

 

Madame,

Je m'appelle Marie Godard, suis une modeste écrivain, tout comme l'était mon amie Anne Bert. Je ne vous cache pas que j'ai été très choquée par ce que j’ai lu dans le quotidien Sud-Ouest hier.

 

Je ne souhaite en rien contester vos compétences mais plutôt porter à votre attention le simple fait que vous êtes, en dépit de vos études et de votre grande expérience des soins palliatifs, mal placée pour nous dire 

- que la loi actuelle est adéquate et qu’il n’y a pas lieu de légiférer,

- que le personnel soignant est en nombre suffisant et a reçu la formation nécessaire pour s’occuper adéquatement des malades en fin de vie, 

- et qu'Anne Bert n'avait pas vraiment matière à se donner la mort car les soins palliatifs auraient pu se charger de lui permettre une fin de vie douce.

 

Pourquoi dis-je que vous êtes mal placée?

 

Mais parce que toute votre pratique de l'accompagnement de personnes malades ou en fin de vie, est, par définition, hors cadre, dans la mesure où seul un petit nombre de personnes en fin de vie ont accès à la qualité de soins que vous appelez de vos voeux. Madame, sans vouloir vous blesser, il faut que vous preniez conscience que vous n'êtes pas dans ce qu'il convient d'appeler "la vraie vie", celle des gens qui n'ont pas accès au mieux de ce que la médecine peut offrir, aux EHPADs "de qualité" où le personnel soignant est en nombre suffisant pour pouvoir prendre le temps de s'occuper efficacement des personnes en fin de vie.

 

Quiconque dirait que ce que vous faites est inutile et que l’Association d’accompagnement et de soins palliatifs ne sert à rien aurait grand tort. À l’évidence, il faut que les soins palliatifs continuent de se développer en France mais ces soins, contrairement à ce que vous pensez et dites chaque fois que l’occasion vous en est donnée, ne répondent pas à tous les cas, tant s’en faut.

 

J’ajoute qu’il est impossible, en vertu de votre engagement, que vous ne sachiez pas ce qui se passe dans tous ces autres lieux où il y a un grave manque de personnel, où les malades sont livrés à eux-mêmes, laissés dans leurs excréments pendant des nuits entières, hurlant de douleur car les médicaments contre la douleur ne font plus effet, sans que personne ne vienne s’en occuper...

 

Je préfère penser que vous n’êtes pas de mauvaise foi et que les idées dont vous vous faites la porte-parole sont le résultat de la  formation que vous avez reçue pour devenir médecin, où l’on vous a appris qu’il fallait faire l’impossible, aller toujours plus loin, pour empêcher le malade de mourir, mais en oubliant de vous former également, puisque l’un ne saurait aller sans l’autre, pour savoir reconnaître quand le moment est arrivé de dire STOP.  

 

Le rôle du médecin ne se réduit pas à soigner, Madame, ainsi que les Belges l’ont bien compris avant nous. Il doit aussi être celui qui, lorsque le patient est au bout de sa corde — et seul le patient sait jusqu’où il peut aller — accepte sereinement de faire le nécessaire pour que le malade ne souffre plus, même si cela signifie d’interrompre sa vie avec une injection, avec son accord bien évidemment. Cela s’appelle simplement faire preuve d’empathie et d’humanité.

 

Prolonger la vie d’un malade au delà de ce moment est une vaste farce, et très hypocrite de surcroît, puisque cela ne sert à rien d’autre qu’à donner bonne conscience au médecin, peu importe que le malade n’en puisse plus, et peu importe qu’il n’y ait aucune autre issue que la mort à relativement brève échéance. Vous rendez-vous seulement compte de l’absurdité et de l'hypocrisie d’un tel raisonnement? On laisse le malade mourir de soif et de faim mais on ne le tue pas « franchement », ce qui permet au médecin de mieux dormir la nuit. Ai-je bien compris?

 

La seule autre explication que je trouve pour que vous refusiez de prendre en compte ce qui est, pour presque tous les Français, une évidence, est que vous soyez catholique pratiquante et dans ce cas, je vous dirai que vos croyances personnelles n’ont absolument rien à voir avec les lois d’un pays laïque, que tout le monde en France n’est pas croyant et que vous n’avez pas à nous faire supporter vos convictions en la matière.

 

Comment peut-on ignorer que les Français meurent mal en France et affirmer que la loi Claeys-Leonetti est suffisante quand on pratique le métier que vous pratiquez? Avez-vous seulement une idée de l’écart qui existe entre les grands hôpitaux parisiens qui ont des services de soins palliatifs de grande taille et bien équipés, et où le personnel est en nombre suffisant et parfaitement formé à faire ce travail d’accompagnement de gens en fin de vie, et les Ehpad de Gaillac, d’Albi ou Carmaux dans le Tarn? Savez-vous qu’il existe un seul lit de soins palliatifs à Gaillac? Non, à coup sûr, vous ne le savez pas...

 

Dans le cadre d’un travail de bénévolat dans une association d’aide à des gens en fin de vie, mon mari et moi avons notamment accompagné une personne âgée qui était au bord de la mort pendant plusieurs semaines et nous devions vérifier où elle se trouvait chaque fois que nous allions la voir car on la transportait en ambulance plusieurs fois par semaine de Carmaux à Montauban, et retour, (savez-vous seulement où se trouvent ces villes…) car il fallait libérer le seul lit de soins palliatifs disponible à Carmaux pour quelqu’un d’autre ? Pouvez-vous imaginer ce qu’on faisait vivre à cette personne qui n’en pouvait plus de vivre ainsi qu’à ses proches ?

 

Comme je suis une éternelle optimiste, je vais me dire que vous pouvez encore revoir votre copie et je vais vous donner la possibilité d'avancer dans votre réflexion et de faire évoluer votre opinion sur la fin de vie en France en vous indiquant tout simplement deux sites qu’il vous faut visiter sans tarder, 

 

- celui de la pétition que j'ai lancée le 2 août dernier pour que nous obtenions enfin une loi de type belge sur l'aide active à mourir, où vous verrez des dizaines de milliers de témoignages sur des fins de vie terribles,  https://www.change.org/p/battons-nous-pour-obtenir-une-loi-sur-l-aide-active-à-mourir

 

- ainsi que sur un site que j'ai créé il y a quelque temps pour recueillir les témoignages de personnes en fin de vie et de ceux qui les accompagnent www.temoignagesfindevie.fr  et leur donner plus de visibilité. Je reçois une telle quantité de témoignages que les journées ne sont pas assez longues pour tous les prendre en compte. Il y en a déjà près de 200 sur le site, suffisamment pour que vous puissiez vous faire une idée de ce qui se passe en dehors du monde privilégié où vous semblez évoluer.

 

Vous verrez alors que pour tous ces gens, il arrive un moment où la souffrance devient insupportable et où la vie, qui n'en est plus une, ne vaut plus d'être vécue et peut-être comprendrez-vous que l'on puisse ne pas vouloir être emmuré dans son corps, sans plus pouvoir communiquer autrement qu'avec ses yeux, comme cela allait arriver à Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, et que l'on choisisse d'interrompre plus tôt cette insupportable marche vers la mort.

 

Ce qu’Anne craignait, ce n’était pas la façon dont elle aurait été traitée par le personnel soignant autant que l'état dans lequel elle aurait été lorsqu'elle n'aurait plus eu d'autre choix que de quitter sa maison pour se retrouver en soins palliatifs. C'est cette perspective qu'elle ne supportait pas et c’était son droit car personne, ni vous ni qui que ce soit d’autre, n’a le droit de dire à une autre personne ce qu’elle doit endurer et jusqu’où elle doit aller dans la souffrance. Vous ne supporteriez pas, si un jour vous arriviez à ce moment dans votre vie, qu’on vous dise comment et quand vous voulez la terminer. 

 

Si vous ne changez pas d’avis sur le sujet après avoir lu tous ces témoignages, je serai forcée de conclure que votre attitude est présomptueuse et démontre bien que malgré toutes vos connaissances, votre engagement reste superficiel et manque complètement d’ouverture à d’autres façons de voir que la vôtre. J’en aurai pour preuve que vous persistiez à croire, comme Madame de Hennezel, que les soins palliatifs sont l’alpha et l’omega de la fin de vie, alors que c’est faux ainsi que vous le verrez si vous prenez le temps d’aller voir les deux sites dont je vous ai donné les adresses plus haut.

 

Surprenez moi, Madame de la Tour, j’aimerais tant avoir tort!

 

Cordialement,

 

Marie Godard

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Commentaires: 4

#1

LEMAIRE (jeudi, 09 novembre 2017 17:05)

 

 

Bonjour. Tout ce que vous faites est excellent. Bravo ! Je vous remercie. J'ai 87 ans et

suis handicapée par une arthrose généralisée et je vois arriver rapidement le moment

où je ne pourrai plus bouger, donc dépendre complètement des autres. Je me refuse à

subir cet état de "légume" qui n'est pas une vie. Je ne veux pas détruire la vie de mes proches et des autres, simplement parce qu'il faut absolument éviter la mort. Mais la

mort, quant on a bien empli sa vie ? C'est le repos : plus de souciqs ni de souffrances.

Quelle aubaine !!! Merci encore pour votre courage.

 

#2

vergati.anne@gmail.com (vendredi, 10 novembre 2017 17:29)

 

 

Merci pour cette lettre très claire avec des précisions importantes sur la fin de vie. Une méthode barbare de laisser mourir des personnes souffrantes de faim et de soif avec une sédation......Les médecins considèrent que c'est une mort naturelle..... Une méthode pratiquée dans les Ephad à Tours et à Paris.... Une très grande hypocrisie dans l'application de la loi....... Anne Vergati, ethnologue

 

#3

verdal laurence (dimanche, 12 novembre 2017 18:08)

 

 

comme il faut se battre pour un droit aussi légitime, et aussi évident ! que la France s'humanise et qu'elle cesse, dans le domaine de la fin de vie, de se montrer aussi barbare qu'elle l'a été jusqu'à présent.... j'ai presque envie d'ajouter " pitié!" cela interpellera peut être la communauté croyante de notre pays.

 

#4

Yves Rouchaud (jeudi, 16 novembre 2017 17:25)

 

 

Je me suis toujours interrogé sur la déontologie de certains médecins et l'intérêt qu'ils ont à défendre des causes indéfendables.

Ils ont dû oublié leur qui exige du médecin "... Je m'abstiendrai de tout mal et de toute injustice."


LETTRE OUVERTE À MARIE DE HENNEZEL

8 oct.2017

 

Marie de Hennezel était la "personnalité de la semaine" sur France Inter le 7 octobre dernier. À cette occasion elle été interviewée à propos de la fin de vie en France et a notamment commenté le combat d'Anne Bert. 

 

Madame de Hennezel a fait et continue de faire un travail exceptionnel pour améliorer les soins palliatifs en France, personne ne le contestera, et cela est tout à son honneur. J'ai pourtant pensé que ses propos ne reflètent pas une image réaliste de la fin de vie des gens ordinaires en France et que je devais lui faire connaître notre opinion.

 

Voici la lettre que je lui adresse.

 

Madame,

 

Permettez-moi de vous écrire ici puisqu'il n'est pas possible de vous écrire via votre site internet et que votre interview, que l'on peut écouter sur le site de France Inter, n'autorise pas les commentaires.

 

Je m'appelle Marie Godard, suis une modeste écrivain, tout comme l'était mon amie Anne Bert. Je ne vous cache pas que j'ai été extrêmement choquée du discours que vous avez tenu sur France Inter il y a quelques jours.

 

Je ne souhaite en rien contester vos compétences mais plutôt porter à votre attention le simple fait que vous êtes, en dépit de vos études, de vos livres et de votre expérience de thérapeute, mal placée pour nous dire 

 

- que la loi actuelle est suffisante, 

- que le personnel soignant fait tout ce qu'il faut pour aider les malades en fin de vie à ne pas avoir l'impression d'être des paquets, 

- et qu'Anne Bert n'avait pas vraiment matière à se donner la mort car ses raisons ne sont pas recevables, dans la mesure où ce qu'elle exprime de ses craintes dans son livre récemment paru est sans fondement.

 

Pourquoi dis-je que vous êtes mal placée?

 

Mais parce que toute votre pratique de l'accompagnement de personnes malades ou en fin de vie, est, par définition, exceptionnelle, hors cadre, puisqu'un nombre infime de personnes en fin de vie ont accès aux Marie de Hennezel de ce monde. Vous ne pouvez en aucun cas écrire les statistiques en vous basant sur ceux que vous avez rencontrés dans le contexte de la fin de vie.

 

Madame, sans vouloir vous blesser, il faut que vous preniez conscience que vous n'êtes pas dans ce qu'il convient d'appeler "la vraie vie", celle des gens qui n'ont pas accès au mieux de ce que la médecine peut offrir, aux EHPADs "de qualité" où le personnel soignant est en nombre suffisant pour pouvoir prendre le temps de s'occuper vraiment des personnes en fin de vie.

 

Vous n'avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans tous ces autres lieux où vous n'aurez jamais, je vous le souhaite, l'occasion de mettre les pieds.

 

On ne peut pas dire qu'on sait que les Français meurent bien et que la loi Claeys-Leonetti est suffisante quand on écrit sur François Mitterand, sur sa fin de vie et sur la relation privilégiée que l'on a eue avec lui.

 

Vous ne mesurez pas l'écart qui existe entre les soins qui ont été prodigués à cet homme et ceux que reçoivent les lambdas qui se retrouvent dans un EHPAD de Gaillac dans le Tarn. Aucune idée.

 

Mais comme je vous espère plus ouverte et disposée à revoir votre copie que ce qu'on pourrait croire, je vais vous donner la possibilité d'avancer dans votre réflexion et de faire évoluer votre opinion sur la fin de vie en France en vous rendant tout simplement sur deux sites, celui de la pétition que j'ai lancée le 2 août dernier pour que nous obtenions enfin une loi de type belge sur l'aide active à mourir, où vous verrez des dizaines de milliers de témoignages sur des fins de vie terribles, ainsi que sur un site que j'ai créé il y a deux mois pour recueillir les témoignages de personnes en fin de vie et de ceux qui les accompagnent.

 

Je reçois une telle quantité de témoignages que les journées ne sont pas assez longues pour tous les prendre en compte. Il y en a déjà approximativement 150 sur le site, en tout cas, suffisamment pour que vous puissiez vous faire une idée de ce qui se passe en dehors du monde privilégié où vous évoluez.

 

Vous verrez alors que pour tous ces gens, il arrive un moment où la souffrance devient insupportable et où la vie, qui n'en est plus une, ne vaut plus d'être vécue et peut-être comprendrez-vous que l'on puisse ne pas vouloir être emmuré dans son corps, sans plus pouvoir communiquer autrement qu'avec ses yeux, comme cela allait arriver à Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, et que l'on choisisse d'interrompre avant cette insupportable marche vers la mort.

 

Le "paquet" dont elle parle, vous en avez mal compris le sens. Ce n'est pas la façon dont elle aurait été traitée par le personnel soignant autant que l'état dans lequel elle aurait été lorsqu'elle n'aurait plus eu d'autre choix que de quitter sa maison pour se retrouver en soins palliatifs. C'est cette perspective qu'elle ne supportait pas.

 

Je terminerai en disant que vous n'avez pas le droit de dire, comme vous le faites, que l'on n'a pas besoin d'arrêter de vivre avant la fin car il y a tout ce qu'il faut pour qu'on reste jusqu'au bout. Vous n'avez pas le droit de le dire car c'est faux ainsi que vous le verrez si vous prenez le temps d'aller voir le site et la pétition.

 

Le lien vers le site de témoignages est le suivant: www.temoignagesfindevie.fr 

 

et voici le lien vers la pétition, laquelle, je vous le signale, a obtenu, en l'espace de deux mois, plus de 220.000 signatures, un nombre qui croît rapidement chaque jour.

 

https://www.change.org/p/battons-nous-pour-obtenir-une-loi-sur-l-aide-active-%C3%A0-mourir

 

Cordialement,

 

Marie Godard 

 

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Commentaires: 12

 

#1

Cloclo54 (dimanche, 08 octobre 2017 17:08)

Voilà qui est bien dit.

Je voudrais juste rappeler à Marie de Hennezel que, même si les unités de soins palliatifs étaient encore plus parfaites que celles qu'elles voient dans ses rêves, je n'accepterais quand même pas d'y être admise pour y terminer ma vie en attendant que la mort veuille bien de moi quand la vie n'a plus aucun sens à mes yeux.

Si je devais me retrouver dans la même situation que celle où était Anne Bert, les unités de soins palliatifs pourraient ressembler au paradis que je n'accepterais quand même pas d'y aller.

Je ne vois pas de quel droit cette femme, quel que soit son métier, aurait un avis à donner qui, me concernant, pourrait primer sur le mien ?

Je me moque de la façon dont elle veut terminer sa vie, si c'est au milieu des cris de douleurs qu'elle peut l'envisager, et si c'est ce qu'elle souhaite, c'est "son" problème et pas le mien, et je ne vois pas de quel droit j'irais lui dire qu'il faut qu'elle demande une aide à mourir.

L'inverse doit être vrai car ce qui est valable pour elle doit l'être aussi pour moi. J'aimerais qu'elle se moque tout autant de la façon dont moi je voudrais terminer ma vie.

Comment faire comprendre ça à des personnes qui sont murées dans leurs certitudes et qui n'arrivent pas à comprendre que les autres peuvent avoir un autre regard et une approche différente de la leur sur ce sujet et que leur point de vue et leur philosophie de vie est aussi respectable que la leur ?

#2

Sophie B. (lundi, 09 octobre 2017 17:54)

Je n'ai pas écouté l'interview de cette dame et je ne le ferai pas. Je suis psychologue clinicienne et farouchement convaincue qu'il nous faut en France , le choix de mourir comme nous le décidons le jour venu .

Pour le dire tout simplement , il faudrait peut être que Madame de Hennezel aille , comme vous le dites , Marie Godard , promener sa blouse blanche en d'autres lieux ... Certes , l'encre de sa plume se tarirait au vrai contact de la clinique , de la souffrance du " bas monde " , de ces lieux où l'on entend crier la douleur des corps , de ces regards , de ces mains qu'elle n'approcherait pas j'en suis certaine .

Madame de Hennel écrit des livres , Madame de Hennezel fait des interviews , Madame de Henbezel est un nom aujourd'hui , elle n'est plus une Clinicienne , étymologiquement " se pencher au lit du malade " , elle n'est plus une psychologue aux mains vides qui n'a que ses mots , ses mots portés de sa voix , ses mots pour leur dire de ne pas avoir peur de mourir et que nous leur épargnerons ce moment où le corps devient corps de chair souffrante , où alors l'être humain est dans une détresse extrême , où l'angoisse et la douleur lui enlève tout ce qui faisait son humanité ...

Non , Madame , vous leur mentez , la médecine est impuissante pour certaines douleurs et vous ne pouvez que le savoir .

La vie , disait Jacques Lacan , c'est un Choix forcé " , nous ne choisissons pas d'être né , elle peut être belle , elle peut être difficile et il faut bien du courage et de la force pour choisir de la quitter mais ce choix là , le dernier , qu'il ne soit pas forcé ....

Madame de Hennezel posez votre plume et prenez leurs mains entre les vôtres , vous serez moins " célèbre " , vous gagnerez moins d'argent , mais vous ferez honneur à notre profession ...

Aujourd'hui quand je dis que je suis psychologue clinicienne , on pense que je suis contre le droit de mourir dans la dignité , je voudrais que vous sachiez , vous qui souffrez qu'il n'y a pas que des Marie de Hennezel , il y a aussi des Cliniciennes qui se battent auprès de vous .

#3

MICHEL (lundi, 09 octobre 2017 18:22)

Marie, votre lettre m'interpelle pour diverses raisons : je suis à la fois un (ancien) militant de l'ADMD Belgique , en "ordre" au niveau demande d'euthanasie en Belgique , désireux qu'enfin les Français(e)s puissent également choisir(il n'est nullement question d'imposer l'euthanasie à qui que ce soit, bien sûr) mais aussi admiratif de certains livres de Mme. de Hennezel, en particulier sur la sexualité chez les seniors. J'avais d'ailleurs écrit dans ce sens à Mme. de Hennezel. Quelle n'a pas été ma surprise de découvrir un article de Mme. Anne Bert, sur le blog "Salon Littéraire" défendant aussi ce versant-là de la carrière de Mme. de Hennezel ! Pour le reste, vous avez bien sûr raison : Mme. de Hennezel est probablement une bonne personne ; elle a connu des moments difficiles dans sa vie(même professionnels) mais elle officie dans un monde très réduit où personne ne doute que les soins palliatifs soient excellents. On est très loin des maisons de repos - mouroirs qui sont le lot d'une majorité de malades incurables. Mme. de Hennezel refuse aussi d'admettre, comme beaucoup d'extrémistes que dans certains cas, certaines douleurs résistent même aux analgésiques mais surtout que certaines personnes ont le droit de refuser la souffrance ou ce qu'elles estiment être la déchéance. Elles ne sont pas moins courageuses que d'autres mais , tout simplement, en âme et conscience, elles considèrent que souffrir sans espoir n'a pas de sens. Mme. de Hennezel, de par son intelligence et sa finesse devrait être dans une position plus conciliante que les ultras parmi lesquels elle se range par de tels propos. Le monde évolue : oserait-on encore citer, comme dans les campagnes où j'ai enseigné il y a 35 ans que "on n'aime un enfant que si on a souffert en le mettant au monde" ? Les personnes qui affirment ce genre de chose, au nom de ce que l'on n'oserait même pas appeler une croyance , sont bien marginalisées. Espérons un jour que celles/ceux qui répéteront qu' "on n'a pas le droit de choisir sa mort", seront autant marginalisés. Mme. de Hennezel conservera un C.V. paradoxal : très bonne psychologue, bonne analyste (du grand âge etc...) mais intolérante à d'autres positions. J'en terminerai avec Anne Bert, que j'ai découvert suite à ces évènements. J'ai acquis son dernier livre que je lirai à tête reposée comme il sied à un hommage mais aussi au socle d'un combat à venir. Je le placerai dans ma bibliothèque bien en vue, replaçant au second rang "L'âge,le désir et l'amour", et cela me rendra triste, Mme. de Hennezel.

Mme. Godard, pardon d'avoir été si long , vous dont les journées sont tellement déjà surchargées par ce noble et beau combat mais je trouvais utile de relater ce que je pensais/ressentais de/sur cette dame. Bien amicalement. Michel.

#4

André Nogues (mardi, 10 octobre 2017 09:44)

O combien d’accord avec vous, Marie Godard !

Les soins palliatifs, loi Claeys-Leonetti, : une véritable hypocrisie !

En fait, de quoi s’agit-il, si ce n’est (pour l’avoir vécu auprès d’un être cher), de la mort programmée sur 15 jours ! Du fait de ce délai, on vous parle « d’aider » ou d’ »accompagner » un grand malade en fin de vie. Mais, ce qu’on ne vous dit pas, c’est que cette « aide » consiste en une mort lente, douloureuse et insupportable : arrêt de toute nutrition (l’entourage subit alors, impuissant, au moins pendant une semaine, voire plus,le regard angoissé de celui qui ne peut plus s’exprimer mais qui est en train de mourir douloureusement de faim) puis, pour finir, les 2 derniers jours, à l’arrêt de toute déshydratation menant enfin au coma (soulageant).

Il faut avoir vécu cela pour se rendre compte de l’aberration et de la cruauté d’une telle loi qui, lorsque vous avez choisi cette méthode, en croyant bien faire, vous culpabilise à jamais. Ce n’est pas un accompagnement, mais de l’acharnement !

Stop au longues agonies !!!

#5

Lucienne Foucras (mardi, 10 octobre 2017 11:32)

J'ai eu une fois l'occasion de rencontrer Marie de Hennezel.

Elle est pleine de bons sentiments mais elle est à côté de la plaque. Je n'ai rien pu lui faire entendre. Qu'elle défende les soins palliatifs est son droit. Je n'ai rien contre eux sauf qu'ils sont très insuffisants.

Mais, d'expérience (j'ai accompagné mon mari dans sa mort suite à une SLA), elle n'arrive pas à comprendre que les grands malades qui n'ont aucun espoir de guérison aspirent à mourir. La mort est pour eux une délivrance et c'est inhumain de leur refuser cette délivrance. Si elle est chrétienne (ce que j'ai tendance à penser) elle manque au devoir de charité.

Je voudrais qu'elle lise la dernière partie de mon livre "Hippocrate, si tu savais" (préfacé par le Pr Albert Jacquard" et édité par Marco Pietteur), partie que j'ai consacrée à cette question et où j'essaie d'engager un dialogue avec elle.

Les Belges ont très bien compris. La France est très en retard.

#6

Raphaël Catanea (mardi, 10 octobre 2017 11:39)

Par la médiatisation de son combat, Anne BERT a donné un grand coup de pied dans la fourmilière avant de mourir. De plus, elle a légué un magnifique livre témoignage à destination de tous les Français en héritage.

Toute la France a été émue par son destin et admirative devant la dignité de son discours et devant sa détermination à mourir selon son choix en respectant sa philosophie de vie. Toute la France ou presque...à l’exception d'une partie de l'oligarchie du corps médical français issue en général de la grande bourgeoise souvent catholique et toujours bien-pensante. Cette caste qui a l'habitude de décider pour chacun d'entre nous ce qui est bien ou pas et de nous imposer la voie unique à suivre.

Grâce à Anne BERT, à ses illustres prédécesseurs et à ses illustres successeurs, une époque obscure touche à sa fin. L'époque où la fin de vie des Français reposait intégralement sur l'expertise des grands mandarins du comité national d’éthique (les Pr Sicard, Pr Khan, etc...), sur l'avis des experts du bien mourir du type Dr Devalois, Dr de la Tour, Dr de Hennezel, tous ces détenteurs de la vérité médicale, tous plus prétentieux et méprisants les uns que les autres. Tous adeptes de la loi Leonetti évidement sans autre alternative possible.

Les voir sortir du bois est toujours une bonne nouvelle!!! Cela signifie que le combat initié par Anne BERT pour la liberté de choisir sa fin de vie lorsque l'on est atteint d'une affection incurable n'est pas prêt de s’éteindre. Cela signifie que le mouvement qui aboutira à une loi française humaniste du type de la loi belge est inéluctable.

En ce qui me concerne, je considère donc que la réaction de Mme de Hannezel à l'instar de celle de ses prédécesseurs M Devalois et Mme de la Tour est une bonne nouvelle qui montre l'impact de notre combat.

Je peux d'ores et déjà vous dire que ce type de réactions venues des milieux religieux ou conservateurs se multiplieront et deviendront de plus en plus virulentes au fur et à mesure que notre cause progressera.

#7

JEAN-PIERRE BUCHMANN (mardi, 10 octobre 2017 11:42)

Chère Marie Godard,

Si vous saviez à quel point je suis touché par ce que vous écrivez.

Je partage votre combat et suis fatigué du décalage des discours entre le rêve et la triste réalité en France encore en 2017.

J'ai passé 15 ans de ma vie dans la cuisson du chaudron du S.I.D.A au sein de l'association AIDES Gironde dont une année au siège à Pantin.

C'est dans le cadre de mes fonctions de coordinateur social auprès des personnes infectées et affectées par le VIH/S.I.D.A. et représentant des usagers, que j'ai rédigé un court papier intitulé : "Témoignages de fin-faim de vie-vih" remis à Marie de Hennezel à la faveur d'une conférence animée par Michel Cymes.

Je pourrais si vous le désirez vous en communiquer un exemplaire.

Je voulais simplement vous témoigner de toute ma solidarité, vous dire merci et vous souhaiter bon courage dans votre combat auquel je m'associe.

Bien solidairement.

J.P. Buchmann

#8

Isabelle André-Philippi (jeudi, 12 octobre 2017 07:36)

J'ai vu et entendu les propos tenus par Marie de Hennezel dans le débat sur la fin de vie sur La Chaîne Parlementaire. Comment dire... Ses propos et ses mimiques m'ont révoltée. Tout comme ses projections (puisqu'elle aime à dire que les autres projettent quand ils ne font que parler de leurs ressentis) fallacieuses quand elle dit qu'une loi mettrait en danger les plus faibles, n'hésitant pas à brandir l'épouvantail d'un génocide personnes âgées... J'avais lu, il y a longtemps "La mort intime", j'avais trouvé le livre intéressant, tout comme je trouvais intéressant son travail pour faire reconnaître et développer les soins palliatifs en France. Mais là... Ses positions sont tout bonnement indéfendables.

#9

Marie godard (samedi, 14 octobre 2017 15:39)

Merci pour votre humanité j'ai été profondément choqué par la réaction de Marie de hennezel qui est dans la toute puissance et pas du tout dans l'empathie.merci.clémence

#10

Dechavanne (samedi, 11 novembre 2017 19:37)

Merci Marie Godard pour votre engagement. Lui au moins est réaliste et juste. Tout être humain a droit à une mort digne et selon son souhait. Quant à la souffrance qu en savent ils , je suis une ancienne infirmière ... la mort fait peur mais elle est inévitable, par contre la souffrance est inacceptable , alors respectons nos patients et soyons à la hauteur de leur demande . Et surtout dites à nos politiques q un jour où l’autre ce sera leur tour ... Alors l'obscurantisme sur fonds de société judéo-chrétienne ... ridicule et inapproprié . Le milieu dans lequel ils évoluent les privent de la réalité, mais quand même. Il y a des limites ! Courage ! Et merci

#11

Yasumoto Marlène (jeudi, 30 novembre 2017 12:05)

Madame, je vous remercie pour votre engagement. Je vous donnerai seulement ce témoignage : ma nièce 50ans souffrant d'un cancer en phase terminale a agonisé pendant une longue semaine sous les yeux de son père et de son compagnon impuissants devant ses cris de douleur et ceci en soins palliatifs d'un CHU de province. Ce n'est plus tolérable.

#12

lada lucette (vendredi, 16 février 2018 12:27)

merci pour ces messages.


LA TRIBUNE DU DOCTEUR DEVALOIS

8 oct.2017

 

J'ose à peine vous faire connaître la vile tribune qu'a publiée Le Figaro le 21 septembre dernier, mais je vais le faire quand même car il faut que vous sachiez tous jusqu'où l'on peut aller dans l'ignominie. 

 

Ce qui suit est une honte pour tous les médecins qui font preuve d'empathie et qui seraient disposés, dans certaines conditions prévues par une loi, à aider les malades qui sont au bout du rouleau à mourir.

 

Chers lecteurs, je vous invite à commenter ce texte. Je mettrai ensuite vos commentaires ce site pour que ce "Docteur" sache ce que vous pensez de lui.

 

Voici sa tribune:

 

Bernard Devalois : «Anne Bert, vérité médicale et faux-semblants médiatiques»

 

Par Bernard Devalois 

 

 

Le Figaro

Publié le 21/09/2017 à 16h28

 

TRIBUNE - Pour le médecin travaillant en soins palliatifs, il n'est pas question dans cette affaire de liberté de mourir mais d'assistance médicale au suicide.

Bernard Devalois est médecin, directeur du Centre de recherche et d'enseignement interprofessionnel bientraitance et fin de vie. Auteur des Mots de la fin de vie, Presses universitaires du Midi ; 2016.

 

 

Depuis quelques jours enfle la rumeur médiatique concernant la situation de Mme Bert et son témoignage concernant sa mort prochaine par euthanasie en Belgique. Il apparaît indispensable d'apporter un certain nombre de précisions pour éclairer le débat.

La maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique) peut prendre différentes formes dont certaines conduisent à une paralysie complète des membres, alors que d'autres formes vont surtout conduire à des difficultés à ingérer la nourriture. Cette maladie peut aussi conduire à l'impossibilité de respirer sans assistance. 

 

La cause que veut servir Mme Bert n'est pas celle de la liberté de mettre fin à ses propres jours mais bien un plus que discutable droit à recevoir une injection létale par un médecin.

 

Rien lors des différentes apparitions médiatiques de Mme Bert ne permet de penser qu'elle est actuellement dans une phase terminale de sa maladie. Mais elle peut redouter dans un avenir plus ou moins proche être confronté à une telle situation. Les progrès de la médecine palliative et les évolutions législatives récentes (loi de 2016) permettent désormais d'autres perspectives que de subir un acharnement thérapeutique insupportable ou bien de mourir dans d'atroces souffrances. Laisser croire le contraire serait une bien mauvaise action vis-à-vis de tous les patients qui sont atteints de SLA. Pour Mme Bert, comme pour tous les autres, le choix (évidement terrible) se pose entre accepter un maintien en vie par des techniques lourdes (assistance respiratoire et/ou nutritionnelle) permettant de prolonger la vie de plusieurs années, ou bien d'accepter la fin de sa propre vie, sans souffrances physiques, avec un apaisement psychique et un accompagnement incluant ses proches. Bien entendu, il existe une alternative supplémentaire: décider de mettre fin de manière anticipée à sa propre vie. Cette liberté est offerte à chacun y compris à Mme Bert. Présenter la situation comme liberticide est à l'évidence un abus de langage.

 

En fait la cause que veut servir Mme Bert n'est pas celle de la liberté de mettre fin à ses propres jours mais bien un plus que discutable droit à recevoir une injection létale par un médecin. C'est cette question oxymorique du suicide mis en œuvre par un tiers dont il est question en réalité. Quelques pays ont mis en œuvre ce qu'ils ont considéré comme des solutions acceptables à cette revendication. La Suisse autorise de fait des associations à mettre en œuvre un suicide assisté par des bénévoles. L'Oregon, suivi par d'autres États des États-Unis, a légalisé la Kill Pill, pilule fournie sous certaines conditions à des malades souhaitant pouvoir mettre fin à leurs jours au moment qu'ils choisiront. Enfin les pays du Benelux ont mis en œuvre des dispositifs législatifs permettant de mettre fin aux jours de patients qui le réclament par le moyen d'une injection létale, pratiquée par un médecin. Ils ont été suivis depuis dans cette voie par le Québec, puis par le Canada tout entier. Mais ce qui pose un grave problème, c'est que ce sont des médecins qui doivent réaliser le geste létal à la place de l'intéressé. On ne fera pas ici, faute de place, un bilan (qui serait critique) des quinze ans de pratiques euthanasiques en Belgique par exemple, mais il est singulier à bien des égards que Mme Bert mette en avant son projet de partir en Belgique (et non en Suisse par exemple). Elle veut que ce soit un médecin qui mette fin à ses jours, alors que rien ne le justifie sur un plan médical puisqu'elle n'est pas en fin de vie ni ne semble présenter un tableau de souffrances réfractaires (c'est-à-dire contre lesquelles la médecine serait 

impuissante malgré la mise en œuvre des moyens nécessaires). Pourtant, la Belgique a toujours affirmé ne pas vouloir favoriser un «tourisme euthanasique». L'embarras des médecins belges face à cette demande est d'ailleurs notable, car ils craignent que cet exemple ne crée un afflux de demandes qu'il serait complexe pour eux de satisfaire en respectant la loi belge qui exige un lien durable entre le patient qui réclame l'injection létale et le médecin qui va la pratiquer.

 

C'est l'honneur de notre société que de proposer à Anne Bert un soutien solidaire et fraternel face à une si terrible maladie. Est-ce le cas d'une assistance pharmacologique au suicide ?

 

En fait, la seule demande à laquelle ne répond pas le dispositif français est la mise en œuvre par un médecin de son éventuelle décision de se suicider sans y procéder elle-même. Contrairement à de nombreux raccourcis médiatiques, elle n'est pas privée de liberté de choisir (personne ne l'empêche de mettre fin à ses jours). Elle a la garantie de mourir dans la dignité au vrai sens du terme (pas dans l'euphémisme qui utilise ce concept pour désigner d'une manière un peu hypocrite la mort par une injection létale effectuée par un médecin). Elle a également l'assurance qu'aucun acharnement thérapeutique ne sera mis en œuvre, qu'elle pourra à tout moment renoncer à un traitement de maintien artificiel en vie. Elle a la garantie que si son pronostic vital est menacé à court terme et qu'elle présente des souffrances réfractaires aux traitements elle pourra obtenir d'être endormie profondément et de manière irréversible (sédation profonde et continue). Elle a aussi l'assurance que durant le temps qui lui reste avant d'en arriver à cette situation terminale tout sera mis en œuvre pour prendre en compte ses symptômes physiques et psychiques. Elle a enfin la garantie d'être accompagnée, ainsi que ses proches, dans les mois à venir dans les épreuves difficiles qui s'annoncent. C'est l'honneur de notre société que de lui proposer son soutien solidaire et fraternel face à la vulnérabilité induite par une si terrible maladie. Est-ce le cas d'une assistance pharmacologique au suicide ? La mise en œuvre dans notre pays d'un tel dispositif législatif mériterait effectivement un vrai débat citoyen et non des amalgames simplistes. Un tel débat permettait peut-être, au-delà de l'apparent intérêt de cette approche libertarienne, de mesurer la complexité pour une société d'encourager le suicide de certains de ses citoyens tout en cherchant à prévenir celui d'autres citoyens…

 

Cliquez plus bas pour écouter la réponse d'Anne Bert.


Commentaires: 21

#1

1984 (lundi, 02 octobre 2017 12:29)

La prise de position de Mme Bert et sa décision sont infiniment respectables.

#2

ANDLAUER (lundi, 02 octobre 2017 12:55)

Je pense que notre société doit permettre à chacun d'entre nous de disposer librement de choisir de vivre ou de mourir.

L'esclavage est à bannir.

Merci not' bon maître!

#3

Henri Gilles (lundi, 02 octobre 2017 12:59)

Comment un homme de sciences peut prétendre tout savoir, en soit c'est un non-sens !

#4

HEBERT (lundi, 02 octobre 2017 13:12)

Respect à vous Mme Bert, vous êtes très courageuse �

#5

Marie-Flore POLI (lundi, 02 octobre 2017 13:15)

Merci Docteur, votre négation du cas d'Anne BERT l'a contrainte à aller s'exiler pour mettre fin à sa souffrance. Aujourd'hui nous perdons une icône de notre lutte qui vous fera peut-être réviser votre position. ADIEU MADAME.

#6

Joliot Andre (lundi, 02 octobre 2017 13:33)

Je pense que l'être humain a la droit de décider du jour de sa mort

Certains pays comme le Japon légalise

Liberté liberté chérie !

. . . . Andre.

#7

GROSMAN (lundi, 02 octobre 2017 14:01)

les paroles sont belles ....mais la réalité est toute autre ! J'ai malheureusement assisté à la mort de plusieurs proches et les conditions m'ont fortement encouragée à rejoindre l'ADMD mais j'ai peur de ne pas être entendue par le corps médical si j'ai besoin d'aide ....

Christiane

#8

Cookie (lundi, 02 octobre 2017 14:08)

Mon vieux père(près de 97 ans) s'est laissé mourir de faim, voyant qu'il ne pourrait plus rester chez lui. On l'a "nourri"= maintenu en vie avec du glucose.. jusqu'à ce qu'il tombe dans le coma = presque deux mois...

La SLA: je l'ai vu s'abattre sur mon amie de jeunesse, détérioration foudroyante en un an, elle est morte, dans un état épouvantable, à peine plus de deux ans après. Je comprends donc tout à fait la démarche de Mme Bert. Oui, n'imposons pas à nos proche de nous tuer, il faut nous aider médicalement, si nous ne pouvons plus le faire nous mêmes.

#9

LEMOINE (lundi, 02 octobre 2017 14:15)

Je pense que la liberté de mourir, dans le cas d'une maladie très grave, nous appartient. Je peux comprendre qu'un médecin refuse d'accomplir l'acte fatal. Une loi claire sur ce sujet s'impose. Se donner la mort, n'est pas un acte facile, mais plutôt courageux. Mais la souffrance n'est pas non plus admissible, surtout lorsqu'il n'est pas de guérison possible. Je comprends Madame Bert et toutes les personnes qui ont recoure à cet acte. A.Lemoine

#10

mara (lundi, 02 octobre 2017 14:56)

lorsque l'on a une maladie grave (pour moi la SEP) et que personne ne sait soigner, quand on arrive à un stade ou l'on ne peut plus rien faire seule. Dites moi quelle qualité de vie nous avons ??? J'aimais la vie, j'avais un boulot que j'adorais (quelle chance) et cette foutue maladie m'a laissé le temps d'élever ma fille qui maintenant à 33 ans, je suis grand mère de 2 belles petites filles mais je ne peux rien faire avec elles sauf l’aînée qui me dit de temps en temps "c'était bien mamie quand tu pouvais marcher" et oui c'est sure. Mais la souffrance morale est insupportable de tout attendre pour tout. Je voudrais partir dignement mais seule je ne peux pas, ma famille me comprend mais ne peut pas m'aider. Que me reste t'il m'ouvrir les veines mais quel spectacle pour mes proches !!!

je suis adhérente ADMD depuis 2013 mais rien n'avance en France, je ne veux pas partir en Maison de retraite (j'ai 62 ans) car je connais très bien le fonctionnement. Alors ce que je voudrais c'est avoir un médicament à la maison que je pourrais prendre quand le besoin s'en fera sentir. Et là je serais sereine car actuellement je stresse énormément pour la suite. En fait ça me bouffe la vie.

Je remercie énormément Mme BERT qui par toutes ses interventions (radio, 7 à 8, revues + réseaux sociaux) à je pense fait prendre conscience du gros problème de la fin de vie en France et j'espère de tout coeur qu'elle n'aura pas fait tout ça pour rien.

Chaque individu est libre de son corps et je ne comprends pas la position de la France (pays des droits de l'homme) de ne pas laisser le choix à chaque individu de se prendre en charge.

A QUAND UNE LOI DE LIBERTE POUR SA FIN DE VIE EN FRANCE ????

#11

dewailly (lundi, 02 octobre 2017 15:10)

Je viens d'apprendre la mort ce jour de cette dame .

Vous savez les médecins pour beaucoup d'entre-eux , ils ne sont là que pour gagner un maximum d'argent avec la complicité des labos et dans ces cas-là , rien de les dérangent , ni notre santé , ni notre bien-être beaucoup de mensonges , et aussi du mépris comme souvent à notre égard , je sais de quoi je parle pour plusieurs raisons donc une , je suis malade à cause d'un vaccin et le parcours est dur et triste .heureusement certains se battent à nos côtes, des médecins qui savent encore la valeur du serment d 'hippocrate.

#12

Geneviève holtzappel (lundi, 02 octobre 2017 15:19)

C'est un acte courageux de décider de partir dignement. Que faire de mieux quand vous souffrez d'une maladie incurable. Je comprends Mme Bert.

#13

mara (lundi, 02 octobre 2017 15:21)

IL FAUT UN REFERENDUM ET VITE COMME CA NOS POLITIQUES FRILEUX N AURONT RIEN A DIRE

#14

Annie Flous (lundi, 02 octobre 2017 15:50)

Honte a vous docteur Levalois , esperez ne jamais etre malade et dependant des autres pour vivre ... Comment pouvrz vous ignorer les tourments des grands malades et leurs souffrances insupportables Vive madame Bert qui vous a enregistre un message intelligent tellement vrai avant de partir J ai beaucoup frequente les longs sejours les soins palliatifs de 2000 a maintenant Le personnel est devoue , tres bien forme

Mais certaines situations les debordent . J ai perdu ma belle mere l annee derniere d un cancer gynecologique d une ampleur pdu ordinaire , une tumeur externe de plus de 20 centimetres . Des soins au masque pour l endormir , ces gemissements me hantent

La sedation profonde et l arret de l alimentation , des yeux qui s enfoncent dans le crane , le nez qui se pince, la peau qui change

Les troubles respiratoires affreux et ses derniers jours bruyants , on aurait dit une machine dans la chambre ..jusqu a ce que le coeur finisse par lacher . Quelle agonie , pourquoi ? QUAND ON SOUFFRE a ce point . Ah non , la France n est pas moderne et a peur de tout Qu on nous laisse choisir et que les autres soient libres de faire ce qu ils veulent meme de se suicider car vous encouragez cette pratique docteur. Du coup on a compris que vous n etiez pas catho juste froid, pas concerne et sans coeur

#15

Gil (lundi, 02 octobre 2017 15:54)

Lorsque ma vie dépendra de traitements,de médicaments avec tous leur éffets secondaires au point que mon quotidien tournera autour de mes potions magiques,imposant à mes proches des préoccupations qui influeront sur leur quotidien,je souhaite pouvoir mettre fin à ma vie,hors le suicide qui laisse tellement les proches marqués.à moins que l'on m'indique comment faire pour que celà soit propre,rapide,sans douleurs.

#16

Yann56 (lundi, 02 octobre 2017)

Ce type de médecin omnipotent n'a pas sa place dans une société digne et juste à laquelle on aspire. On espère que ces propos péremptoires et arrogants ne sont pas représentatifs du corps médical dans son ensemble. Dans sa suffisance aveugle il ne se pose pas la question de savoir pourquoi dans d'autres pays les lois ont évolué. La France y viendra aussi un jour inévitablement mais avec un train de retard comme souvent et d'ici là encore beaucoup de souffrances inutiles.

#17

Anne Torunczyk (lundi, 02 octobre 2017 16:14)

je trouve que le message de ce docteur ne mérite pas les invectives dont il est l'objet. Je ne suis pas d'accord avec lui, mais le qualificatif d"immonde" me parait totalement inapproprié. Dans ce domaine comme dans d'autres, nous devons être capables d'écouter les arguments des autres, sans les invectiver !

#18

Deray Anne (lundi, 02 octobre 2017 16:39)

Quelle force dans cette dernière réponse d’Anne Bert.

Non, l’agonie sous sédatifs n’est pas un simple geste technique. C’est le choix d’une mort lente où tout geste d’apaisement est interdit aux proches.

Je ne veux pas faire subir cette horreur à ceux que j’aime.

Mes respectueuses condoléances aux proches d’Anne Bert, avec ma sincère admiration pour son combat

#19

Mazières Jacques (lundi, 02 octobre 2017 16:47)

Je connais bien ce "docteur" qui se fait régulièrement siffler dans les réunions et clame que l'on ne peut pas demander un médecin de "tuer", (il faut appuyer sur le mot qui fait mal) ! Un médecin ne tue pas, il "aide". Anne Bert pouvait se suicider ! Oui, mais de quelle façon ? Les quelques médicaments qui permettent de se suicider proprement sont retirer de la vente. Il pense sans doute que mourir étouffé ne dure pas si longtemps que ça ? Cet homme ne mérite pas le nom de médecin ni même d'être humain. Le médecin qui laisserait - je pense évidemment à Devalois - comme cela s'est produit plusieurs fois, un malade mourir par étouffement de la SLA, serait, j'ose le dire et le revendique, ni plus ni moins qu'un assassin ! Seul point d'accord, on ne demande pas à un médecin de "faire", mais dans ce cas, c'est la Suisse ou les bénévoles sont dans une totale empathie.

#20

GUERLUS COLETTE (mardi, 03 octobre 2017 00:12)

Comme d'habitude la France a du retard, mais il faut faire travailler les laboratoires !!!! DITE MOI DOCTEUR, nous avons pitié de la souffrance des animaux domestiques que les veterinaires stoppent mais l'être humain il faut qu'il souffre et surtout qu'il fasse travailler les labos. VOUS NE MERITEZ VRAIMENT PAS D'ETRE APPELER MEDECIN

#21

LECLERCQ (jeudi, 05 octobre 2017 11:29)

On stoppe la souffrance de nos amis les bêtes, on accepte les IVG ! malgré tous les moyens existants ! Mais nous humains en fin de vie, dans l'agonie, devons rester, tenir bon!!! car nous sommes les bons clients de toute une économie et politique pourrie!! on nous pourrit notre existence avec l'industrie pharmaceutique, toute la chimie dans notre alimentation, de notre environnement...Cela suffit, réveillons nous, battons nous! Cela nous concerne, c'est notre liberté de dire stop!

Nous voulons une chose, et qu'on nous la prenne pas : la décision de partir avec l'aide de la fin de vie.


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