Dominique Laurenceau

14 décembre 2018

 

Je trouve la vidéo de Claire Fourcade très belle et très humaine.

 

Si dans mon exercice professionnel j'avais eu à faire à ce genre de situation, j'aurais volontiers adopté le même type de conduite, guidé par le lien noué avec le patient et par la clinique. par contre quand le moment est venu, pourquoi attendre si tout le monde est d'accord?

 

Je pense que la piqûre qui vous tue quelqu'un comme un chat chez le véto est bien trop violente. Mais une perfusion adaptée, peut-être à doses croissantes, laisse place à une idée plus douce, d'endormissement progressif. Que ça dure quelques heures ça va, que ça dure plusieurs jours quand le coeur est solide c'est cruel. C'est pourquoi une possibilité d'accélérer le processus sans courir le risque d'être accusé d'homicide devrait faire partie de l'éventail "thérapeutique" de ces équipes.

 

Tout ça est en fait un ensemble de cas d'espèce qui à chaque fois requiert l'assentiment de la famille, de l'équipe, et du patient. Cela prend du temps, cela demande des équipes très rodées, humaines autant que techniquement compétentes. C'est une médecine chère, profondément humaine, que je nous souhaiterais volontiers à tous. Mais à notre époque ou tous les arbitrages rendus sont purement comptables, la possibilité de remplacer cet accompagnement par une petite piqûre et pshitt! c'est fini, aurait très certainement beaucoup de succès si nos ministres n'avaient pas peur de réveiller la manif pour tous. Avec sûrement des "experts" pour prendre la décision, dont forcément un médecin conseil de la sécu qui voterait toujours dans le même sens, pouce en bas, pour limiter les frais.

 

Je pense comme Mme Fourcade que la demande quasi militante d'injection létale est réservée à des gens très forts ou avec des maladies très particulières: parkinson, SLA, cancers métastasés à douleurs non contrôlables, où la mort peut être attendue comme le seul refuge possible.

 

Parce que la plupart du temps l'esprit humain refuse l'évidence  et préfère regarder ailleurs. J'ai vu ma femme il y a deux ans se forcer à s'habiller et à descendre l'escalier plus qu'à moitié portée par mon fils et moi pour aller manger en bas, parce qu'il fallait bouger pour se garder des muscles. Et ça 2 jours avant sa mort! Laquelle s'est "bien" passée, car la perfusion de morphiniques posée par les soins palliatifs a agi en quelques heures surtout par son effet dépresseur respiratoire sur les poumons très diminués par les métastases. La femme médecin des soins palliatifs qui s'est occupée de mon épouse était quelqu'un de grave, profondément humaine, à l'écoute de ce qui n'était pas dit autant que de ce qui l'était, et j'ai pour elle autant d'admiration que de reconnaissance.

 

C'est mon dernier et mon plus proche contact avec la mort. Quand j'étais étudiant en médecine, j'ai fait pendant trois ans des gardes de nuit dans un " mouroir" pour cancéreux atteints de cancers ORL. Une petite unité d'une vingtaine de lits d'hommes, tenue d'une main de fer par une religieuse de choc, capable malgré ses convictions de ne pas laisser les gens souffrir pour rien. Sur toute cette période, à raison de 4 à 6 gardes par mois, je n'ai vu qu'un seul patient, assez serein d'ailleurs, un vieux prêtre, qui savait pourquoi il était là et ce qui l'attendait à court terme. Tous les autres attendaient de se retaper pour sortir, traitaient de veinards ceux que la famille faisait revenir à la maison ( parce que l'ambulance était remboursée et pas le corbillard! ).

 

Au total, je pense qu'il n'y a pas de différence de nature entre soins palliatifs et injection létale: il faut juste accompagner les gens comme ils le souhaitent, au mieux de leurs intérêts.

 

Ce qui est insupportable, c'est l'intrusion de convictions religieuses dans ces débats, autant que ces exécutions froides ,plus ou moins sordides parfois réalisées en Suisse.

 

Je n'ai pu m'associer à votre tribune dans le Figaro que j'aurais volontiers signée car j'étais tiraillé de plusieurs côtés et je n'avais pas la tête à ça.

Laurenceau

 

PS: là où les choses se compliquent, c'est dans les cas de troubles cognitifs graves comme on en voit souvent. Le rôle de la personne de confiance est important mais aussi l'évaluation de l'équipe médicale, car il faut autant redouter les héritiers pressés que le manque de lits de gériatrie...

JEAN-YVES

27 nov. 2017

Pour le moment ça n’est pas " fin de réception"  !

 

Je peux dire qu’il y a près de 10 ans, moi-même médecin, travaillant au Centre 15, devant un cas évident de fin de vie, j’ai refusé d’envoyer le Samu et l’ambulance, pour respecter cette mort évidente.

 

Je connais en effet de fausses réanimations.

 

Envoyé au tribunal, un médecin expert m’approuve, l’autre non, un manque de courage.

 

Huit années de tribunal, six mois de prison avec sursis, un article dans Var Matin, pas pour me disculper, et 3.000 Euros d’amende pour ne pas avoir envoyé le Samu et l’ambulance.

 

Un médecin retraité m’a accompagné, un seul. Tout le corps médical s’est tu, et surtout le Samu où je travaillais.

 

L’ ordre du département, après coup, m’a dit  m’apprécier ! Même le bon docteur du Canard Enchaîné m'a lâché ! 

 

Donc, la solitude, je connais, et je peux saisir toutes ces démarches.

 

Et à 80 ans je continue à travailler ( à mon rythme), en prenant mon temps, je vois parfois plus clair que d’autres.


FRANÇOIS

14 oct. 2017

Je suis médecin. Certaines personnes s'insurgent sur le rôle du médecin dans la fin de viE . Ce sont les mêmes débats que lors de la discussion sur l avortement avec Simone Veil. Tout le monde a oublié ces débats infinis et brutaux, voire diffamatoires. Nous recommençons la même histoire dans une France frileuse et figée.

En reprenant l 'exemple de l 'avortement, je pense que cet acte constitue un échec, un échec de la contraception. C'est au médecin de prendre ses responsabilités. Le Serment d ' Hyppocrate reste respecté et le médecin libre de son acte ou non-acte. Il doit en être de même ici. Liberté du médecin, et ne pas oublier les soins palliatifs, équivalent du planning familial. 

J espère l'aboutissement de cette pétition. Ça ne fera pas de moi un Dr Mengele. J'estime que mon devoir est d'aider les patients et non pas de leur imposer mes idées.

Je ne serai pas non plus le Dr Bonnemaison : cet homme est un assassin car il a imposé ses propres idées.

J espère être clair.


 

LE TÉMOIGNGE DU DOCTEUR YVES DE LOCHT, MÉDECIN BELGE

Médecin belge, je rencontre de plus en plus de patients français très gravement malades. Nous sommes débordés par les demandes françaises que nous ne pouvons pas satisfaire. Il est plus que temps que la France ait une loi sur l'euthanasie.

Témoignage du Docteur Yves de Locht, dans le Parisien TV, le 3 octobre 2017.

 

Commentaires: 1

#1

mouflon (samedi, 06 janvier 2018 10:01)

 

Je pense que la France est un état jacobin, donc son élite vise la grandeur de ce

pays , à l'ombre nostalgique d'un certain passé , cette élite jacobine qui fait

facilement référence aux "Droits de l'homme" est pourtant à la traîne dans ce

domaine , et donc pour ce qui est du"droit de mourir dans la dignité" , et le libre

choix de sa mort , mais vous n'y pensez pas , c'est à l'élite d'en décider !,malgré

les sondages qui soulignent la volonté du peuple.


ALAIN

09 oct. 2017

J'ai écouté les six minutes de Marie de Hennezel et j'entends bien ce qu'elle dit, j'ai une expérience de 25 ans de gériatre et je ne supporte pas cette docte parole qui a un déterminant avant tout religieux. On pourrait prendre les mêmes arguments pour décrire négativement les soins palliatifs, je peux témoigner de nombre de situations traitées par des équipes de soins palliatifs où la souffrance des personnes étaient très mal entendues ... bien sur qu'il faut donner des cadres à l'aide au suicide assisté mais cette prophétie sur les EHPAD devant des "euthanasiors" est indécente et montre soit que cette dame n'a jamais connu un EHPAD ou tout simplement qu'elle projette sa propre conception du monde à travers une culture judéo-chrétienne valorisant la souffrance.

La foi est un choix individuel à respecter mais la vision du monde à travers sa foi n'a pas à être imposé à toute l'humanité.

Et encore moins de la part d'une personne se présentant comme "sachant" ou "expert" côtoyant des présidents de la république.

...enfin j'enseigne et pratique comme Mme De Hennezel le "bien vieillir" qui pour moi va de pair avec le "bien mourir" et pas comme Mr Léonetti le recommandait par privation d'eau et de nourriture, même sous sédation.

Inhumain!

 

 

Commentaires: 3

#1

PIERRET Claudette (jeudi, 19 octobre 2017 00:08)

 

Merci Docteur pour votre message plein de sagesse et de compassion pour les malades. Je partage totalement ce que vous dites sur Marie de Hennezel. Cette dame ne fréquente certainement pas les EHPAD où on laisse les malades alignés comme des oignons et ligotés sur leur chaise pour ne pas qu'ils tombent ou qu'ils se sauvent ! Est-ce qu'elle a déjà entendu les appels au secours de ces vieillards laissés livrés à eux-mêmes parce qu'il n'y a pas le personnel suffisant et parfois compétent pour s'en occuper ? Dans ma ville, un épisode a fait grand bruit, des aides-soignants filmaient les personnes âgées pendant leurs soins ou leur toilette et se passaient les photos entre-eux, histoire de rire un peu !

Des médecins comme vous, prêts à aider leurs patients à mourir lorsqu'ils le demandent, comme le font les médecins Belges, il y en a en France aussi, d'ailleurs ils le font, comme ce fut le cas pour le Dr Bonnemaison qui, pour moi, n'est pas un assassin, parce que, dans ce cas-là, il y a beaucoup d'assassins parmi les médecins qui aident des malades à mourir clandestinement. Le Dr Bonnemaison a tout simplement aidé à mourir des malades qui étaient en train de mourir, des malades qu'on lui avaient amenés dans son service parce qu'on ne savait pas où les mettre. Il leur a évité une longue et douloureuse agonie. Certes, il aurait dû demander l'avis de la famille et de son équipe médicale mais il a été condamné pour avoir aidé une dame très âgée qui était déjà dans le coma... S'il n'avait pas été dénoncé par ses collègues, il n'aurait jamais été inquiété par la justice. La devise est "faire mais ne pas se faire prendre" ! Il faut une loi comme en Belgique pour protéger les malades et les médecins, et c'est une urgence !

 

#2

D. Debize (samedi, 21 octobre 2017 19:21)

 

Comme le dit Alain, qui fait honneur à la médecine, une des conditions pour bien vieillir est de savoir qu'on aura la possibilité de bien mourir !

 

#3

Le Cann Danielle (vendredi, 10 novembre 2017 19:04)

 

"culture judéo-chrétienne valorisant la souffrance."

Tout a fait d'accord avec vous, c'est Innommable!

La France de l'hypocrisie et du Politiquement correct.

Bravo!


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